Présentation de Enrico Lunghi, directeur du Mudam et commissaire de l'exposition


Que nous disent les œuvres d’art du monde dans lequel nous vivons et que nous contribuons, chaque jour, à (dé)construire, à (dé)former, à (dé)penser ? Quelles sont les images que les artistes nous renvoient de nos corps, de nos terres, de nos villes, de nos rêves et de nos angoisses ? L’exposition Le meilleur des mondes propose - du point de vue de la Collection Mudam - une lecture ouverte et surprenante de l’univers qui nous entoure, à travers les œuvres de plus de quatre vingts artistes actuels.


Toute collection est un regard porté sur le monde. Lorsque son objet est l’art contemporain, elle reflète un art et un monde qui sont en mouvement, en train de se faire, en plein devenir. Plus ce regard est vif et alerte, plus la collection raconte l’art et le monde dans leur richesse et leur complexité.


Une collection publique d’art contemporain comme celle du Mudam recherche cette richesse et cette complexité. C’est une collection jeune encore, commencée il y a une douzaine d’années. Mais déjà elle laisse percevoir l’étendue et la pertinence des regards qui l’ont constituée, en l’occurrence celui de Bernard Ceysson entre 1996 et 1999, puis celui de Marie-Claude Beaud, responsable de la préfiguration et première directrice du Mudam, de 2000 à 2008. Car dans un musée, les regards se succèdent et s’additionnent, laissant la collection changer progressivement de direction et d’horizon, sans jamais pour autant oublier ses origines ni entraver son cheminement. La collection se nourrit ainsi en permanence des expériences antérieures et des œuvres acquises et, avec les années qui passent, elle devient un regard double : un regard continu sur l’art et le monde qui se font devant ses yeux et dont elle est partie prenante, mais aussi un regard sur elle-même, une réflexion sur le comment et le pourquoi de sa propre existence et une interrogation sur son propre devenir.


L’exposition Le meilleur des mondes (Du point de vue de la collection Mudam) est aussi un double regard. L’un donc, est celui de la collection sur le monde : que nous disent les œuvres d’art du monde dans lequel nous vivons et que nous contribuons, chaque, jour, à (dé-)construire, à (dé-)former, à (dé-)penser ? Quelles images les artistes nous renvoient-ils de nos visages, de nos rêves et de nos angoisses ? Le spectateur qui s’attarde devant une œuvre et qui se confronte aux interrogations qu’elle suscite dans son esprit peut voir apparaître l’étendue des réponses possibles.


L’autre regard est celui de la collection sur elle-même : elle se donne à voir ici, dans son originalité, sa pertinence, sa multiplicité, sa complexité, son ouverture sur les pratiques artistiques les plus diverses et les plus actuelles. Elle fait aussi état de ses (rares) faiblesses, qui contribuent toutefois à lui donner plus de corps et de vie. Mais elle manifeste également sa liberté, son indépendance, et son courage parfois, sachant qu’une collection publique d’art contemporain se doit de ne pas succomber aux effets de mode, aux lois du marché, aux pressions d’intérêts particuliers ou aux visions du monde exclusives. Sa plus grande richesse est de combiner intuition et connaissances des développements récents des pratiques artistiques, savoirs spécifiques de la discipline scientifique qu’est l’histoire de l’art et responsabilité vis-à-vis des publics les plus divers de notre société.


Mais comment agencer et présenter la multiplicité des regards sans imposer une lecture uniforme ? La méthode proposée ici consiste à laisser des histoires se raconter à travers des ensembles d’œuvres qui forment quatre « épisodes » fragmentaires et sans frontières d’un récit imaginaire dont le titre renvoie au livre d’Aldous Huxley, Brave New World, paru en 1932. Cependant, seul l’intitulé et quelques citations sont empruntés au célèbre roman d’anticipation qui posait un regard lucide et implacable, mais plein d’ironie aussi, sur le monde apparaissant sous les yeux de son auteur. La collection invite à inventer d’autres récits encore, sur le mode de la raison intuitive et non sans quelque humour et tendresse. Et l’exposition laisse à chaque spectateur le soin de faire une lecture personnelle et non linéaire des œuvres regroupées dans des « épisodes » traitant de nos visages, de nos artifices, de nos territoires, de nos rêves et de nos angoisses, sans qu’il faille considérer ces délimitations comme des attributions strictes et figées, la plupart des œuvres pouvant très bien convenir à plusieurs épisodes. En cela, elle fait également écho à l’idée de l’architecte I. M. Pei qui ne voulait pas, dans son bâtiment, de parcours obligé.









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Le meilleur des mondes
MUDAM, Luxembourg

30.01- 23.05.2010













































































































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Le meilleur des mondes, MUDAM, Luxembourg

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Exposition du 30 janvier au 23 mai 2010. Mudam Luxembourg - Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean, 3 Park Dräi Eechelen -1499 Luxembourg. Tél.: +35 (0)24 53 78 51. Ouverture du mercredi au vendredi de 11h à 20h, du samedi au lundi de 11h à 18h. Fermeture le mardi.





Le meilleur des mondes présente donc de la sorte, une partie de la collection Mudam. D’autres présentations suivront, sous d’autres formes et suscitant d’autres histoires, parce que cette exposition ne peut pas, fort heureusement, montrer toute la collection, faute de place bien sûr, mais aussi parce qu’exposer, c’est choisir. Et surtout parce que la collection ne cesse de croître, lentement, et qu’elle continuera à proposer des regards originaux sur l’art et le monde à partir de la situation spécifique qui est la nôtre, à Luxembourg, en ce début du XXIe siècle. L’aventure continue.